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dimanche, novembre 19, 2006

NEWS From BATTICALOA, le 18 novembre 2006

Chapitre 1 : Décalage horaire

Certains d'entre vous doivent un peu se demander comment je me trouve à faire des horaires parfois débiles sur le terrain et d'autres redécouvrirons des sensations...

Il y a maintenant une semaine que nous avons envoyé notre proposal afin de soumettre notre projet aux donneurs.
Nous venons donc d'écrire les deux prochaines années de notre intervention humanitaire ici dans l'est du Sri Lanka.
Bien que nous ayons une trame à remplir pour nous guider, il s'agit pour nous de faire en sorte d'être à la fois explicite et direct dans notre rédaction (le tout en anglais qui bien sûr n'est pas notre langue maternelle). Le premier exercice de style réside dans la réponse à cette simple question : qu'allons nous prévoir de faire les deux prochaines années ?
En v'là ti pas une bonne question...

Donc on fait une évaluation du présent programme, on essaye d'en tirer les réussites et les défaites. Puis on se réunit, on parle, on s'email, bref, le projet commence à prendre forme. On s'assoit, on l'écrit et on le budgétise.
Les deux prochaines années tiennent maintenant sur 35 pages et quelques feuilles Excel.
Il y a deux semaines, tout rond, après relecture, après reformulation, nous avons envoyé notre précieux bébé au siège pour leur relecture avant envoi aux donneurs.

Cela, bien sûr, me rappelle la fac et les mémoires.
Ils occupaient un an de notre vie, ils grandissaient et murissaient au chaud dans nos têtes et dans nos cœurs et puis un matin, nous allions les abandonner lâchement sur le froid bureau d'un inconnu pour un jugement sans détour sur ce que nous avions jusqu'alors considéré comme la huitième merveille du monde.

Nous sommes, donc, la semaine dernière (petit retour en arrière), et depuis une huitaine de jours, le proposal est analysé, revu au siège. Il reste deux jours avant sa soumission aux donneurs quand nous recevons les corrections et les questions du siège.
Et le tout avec 4h30 de décalage horaire, ce qui pour résumer, vous donne un petit 15h30 en Suisse et déjà un 20h00 par chez moi.
Et bien sûr, il faut les corrections pour demain matin au plus tard (hum le vôtre ou le nôtre de matin ?).
Alors, on s'arme de courage et on s'attaque à l'animal (mon bébé de proposal apparemment pas si parfait).
Et histoire de couronner le tout, nous avions de la visite sur le terrain, et il fallait aussi s'occuper du bonhomme un peu (genre caler sa venue, le sortir pour dîner).

21h et des brouettes : nous commençons la relecture et acceptons toutes les modifications de style en les lisant en diagonale. Il est vrai que nous n'allons pas pinailler s'ils préfèrent parler de « programme » plutôt que de « projet ».
Et là, première question qui me surprend et me rappelle ô combien il peut exister un décalage terrain/siège : « les couleurs dans votre organigramme sont là pour souligner quelque chose ? Si oui, quoi ? »
Hum, les couleurs dans l'organigramme, c'est parce qu'on trouvait ça plus joli après la mise en forme sous power point (et puis c'est automatique)...

On est là, ma collocatrice et moi, devant nos ordinateurs respectifs à corriger le proposal, rajouter des cartes des divisions en annexe (ah petit conseil, si vous expliquez à votre donneur dans quelles divisions vous travaillez, ayez les cartes qui vont avec). Entre Léo et moi, il y a du trafic de docs sur clé USB. « Tiens, j'ai une carte des divisions sur Batticaloa et Ampara. » hop, on branche la clé, on copie, on colle, on débranche, on transfert, on coupe, on colle, etc.

« Hey Léo, le siège veut savoir pourquoi c'est si important de soutenir les écoles maternelles dans les zones « unclear », tu m'expliques ? »

Léo travaille sur les programmes psychosociaux et santé materne-infantile ici au Sri Lanka et une grosse partie de ses programmes se trouvent en zones non contrôlées par le gouvernement. Donc elle a participé à l'écriture du proposal aussi, puisque nous intégrons l'ensemble des activités psychosociales de toutes les zones.

Elle m'explique donc que l'intérêt de soutenir les écoles maternelles réside dans le fait qu'au Sri Lanka, à la fin de la maternelle, il y a un examen d'entrée pour l'école primaire... et hop, malgré nous dans un moment d'égarement, on s'offre une petite pause papote, entre deux jurons, sur le portage bébé méthode kangourou, projet qui pourrait servir d'activité génératrice de revenus et donc à la fois, offrir une méthode de portage pour les mamans du programme santé et en même temps, générer un fond (si on arrive à les vendre) pour que les communautés puissent soutenir les centres psychosociaux dans deux ans.

Bref, c'est avec un soulagement certain qu'à deux heures du matin part notre dernier mail (là pour la petite histoire nous avions à envoyer les plans des centres avec une vitesse internet de 45 « kbps » sans ADSL et avec une connexion ultra susceptible, genre se débrancher sous prétexte que je me suis pris les pieds dans le fil du téléphone, non mais...).

Dieu merci, ce genre d'excès boulot n'arrive pas tous les jours et je dirai même plus, reste de l'ordre de l'exceptionnel.
Ma moyenne boulot avoisine les 8h30/19h00...

Chapitre 2 : Nuisance sonore

Donc après un coup de speed pareil, rien n'est plus agréable que de s'offrir le luxe d'une grasse matinée, ce que j'étais censée faire vendredi.

Mais il semblerait qu'ici la phrase « dormir tard le matin » ne figure pas dans le vocabulaire sri lankais.

Tout d'abord, il faut savoir que le sri lankais se couche tôt et se lève tôt, un peu comme son cousin éloigné le thaïlandais.

Alors forcément, en étant au lit à 21h30/22h00 tous les soirs, ils pètent le feu à 5h00 du mat'... Le staff n'arrive pas à comprendre que l'on puisse rester au fond de son lit après 7h00 le matin, jours de semaine comme week-end.

Bref, ici au Sri Lanka, le bruit fait partie de l'environnement quotidien...
Le soir, nous pouvons avoir quelques bruits de bombardements lointains, les bagarres entre les chiens et les chats galeux du quartier et quelques coups de klaxon émis par des gens trop feignants pour descendre de leurs motos pour aller sonner chez le voisin.
Mais dans l'ensemble, vers 23h00, nous pouvons nous endormir dans un calme relatif et il ne reste plus que le ronronnement du ventilateur les soirs de grosse chaleur.

Mais attention, dès 5h00 du mat', la vie reprend ici !

Autant je pouvais tolérer et apprécier parfois l'appel à la prière dans les pays musulmans (quant toutefois le son émanant du Muezzin ne commençait pas la quinte de toux de l'Imam) autant la radio à fond avec la musique tamoule, entrecoupée de flashs infos devient tout de suite insupportable.
Vers 6h00, le calme revient mais ne nous réjouissons pas trop, il ne dure pas.
En effet, depuis quelques nuits, j'ai un corbeau qui a décidé de croasser sous mes fenêtres sans reprendre son souffle.
Une envie de chasse voire pire commence à me prendre (pour dire). Avec un peu de malchance, s'enchainent les texto sécu de la veille qui arrivent enfin parce que le réseau s'améliore toujours au petit matin (et comme je dors avec mon portable, je suis aux premières loges).

Pour peu que le gardien de jour soit en retard et que le gardien de nuit se fait rappeler à la maison par l'équipe logistique, nous sommes donc bien éveillées au petit jour...

Encore heureux, la saison des « temples festivals » s'est terminée donc nous n'avons pas de tintouin 24/24h.

Mais le plus drôle réside dans le fait que malgré tout, on a beau râler, se lever l'air renfrogné, on finit toujours par en rire et l'équipe ne loupe plus une occasion de nous rappeler de bien débrancher le téléphone de l'appart' au cas où ils auraient besoin de joindre le gardien.
Pour la petite histoire, je crois que votre bibi en a traumatisé plus d'un le jour où effectivement un dimanche matin à 7h00, ils ont appelé à la maison parce qu'ils devaient résoudre un problème avec le gardien.

Au troisième coup de fil, j'avais bondi hors de mon lit pour décrocher et bien sûr leur annoncer froidement qu'une expatriée dort le dimanche matin (je me suis confondue en excuses le lundi matin auprès de l'équipe qui depuis me taquine).
Ben oui mais nous ne nous couchons pas avec le soleil...

Bon mes petits loups, je vous laisse pour cette fois, non sans vous faire des bisous...

Moins d'un mois avant mon passage en France et au Canada pour les fêtes alors reposez vous bien parce que je vais revenir en forme (si j'arrive à dormir, hihi).

Tendrement

samedi, novembre 11, 2006

Saison des pluies et fin de programme

04/11/06

Chers tous,

J’espère que comme d’habitude, tout mon petit monde se porte à merveille en cette première semaine de Novembre. Ici, la saison des pluies commence et je retrouve quelques bonnes vieilles sensations de la Thaïlande. Il pleut mais il fait toujours aussi incroyablement bon. Il pleut donc et comme dans tous les pays tropicaux, cela signifie de grosses averses, avec des déluges torrentiels pendant lesquels nous avons l’impression d’avoir la pluie qui vient d’en haut, d’en bas, de côté, etc. Et hop, après une averse, le soleil se remet à briller comme si de rien n’était. Et je suis là, toujours en tee-shirt et tongues, sans me soucier du moins du monde d’être en Novembre (si ce n’est que j’ai arrêté le ventilateur la nuit dans ma chambre et que je dors avec un drap). Hum, le retour en France risque d’être dur…

On continue de travailler sur la fin de ce programme et le début de l’autre. Le proposal a été envoyé en Suisse et nous aurons la réponse à la mi-décembre. En attendant, je me retrouve avec des petites crises d’anxiété parce que le temps file trop vite et j’ai un peu peur de ne pas pouvoir tenir tous les objectifs (mais rien d’inquiétant, je crois que je me mets la pression toute seule). Dans quelques jours, nous allons avoir une visite du siège. En effet, un expert de la protection va venir et nous allons faire un séminaire/débriefing sur un cas sensible que nous avons eu à gérer. En théorie, une fois le dit monsieur parti, je file sur Colombo pour assister au dernier workshop sur la recherche et hop, ni vu ni connu, nous enchaînerons avec la dernière semaine de novembre. Et moins de trois semaines après, je serai en France pour les fêtes. Houlala, comme dirait ma petite maman « ça va trop vite pour moi ».

Sinon, d’un point de vue plus politique (et encore très succinct), les pourparlers de paix n’ont pas donné grand-chose mais nous ne sommes pas très surpris. Comme je vous l’ai dit, nous avons eu nos permis de travail pour les zones gouvernementales mais pas celles sous le contrôle du LLTE. Alors histoire de compliquer un peu les choses (et comme ils ne savent pas quoi inventer pour remplir nos journées), nous devons maintenant nous prémunir de « travel pass » pour emprunter certaines routes et ce, même en zones gouvernementales.

Un nouveau petit jeu malin qui occupe tout le monde…

En ce moment, nous travaillons sur la passation du programme aux actuels assistants project managers et cela nous renvoie donc à la fin de ces deux années dites urgence sur le volet psychosocial. Parallèlement, nous nous affairons à préparer les deux prochaines années, à trouver des terres publiques sur lesquelles implanter nos centres, commencer les travaux de réhabilitation (tube well, petite cuisine semi concrète pour cuisiner les goûters et peut être même le lancement d’un premier bâtiment semi permanent).

S’ajoutent à tout cela les préparations pour le programme de fin d’année, la finalisation de l’album (dont la première chanson est déjà téléchargée sur mon disque dur pour les amateurs) et la mise en route du calendrier. En effet, nous allons produire un calendrier (visibilité oblige) et nous avons choisis comme thème « santé et hygiène ». Donc nos « activities specialists » ont fait des sessions dans tous les centres, auprès des enfants sur la santé et l’hygiène, à la suite desquelles, les enfants ont eu à dessiner sur une thématique (lavage de main, eau stagnante et malaria, etc.). Nous rentrons dans la deuxième phase de ce projet avec la sélection de douze dessins seulement pour fleurir le calendrier. En même temps, nous avons monté sur certains centres, le projet TAPORI qui est une initiative internationale qui vise à promouvoir les souhaits et espérances des enfants sur des silhouettes de tissu. Pour ceux que cela intéresse, vous pouvez aller jeter un coup d’oeil au site : www.tapori.org

Voilà en gros pour le petit tour des activités du moment…

Quant à votre bibi national, elle se lance dans de grandes expérimentations culinaires et elle a réussi sa première compote de pommes « fait maison », histoire d’avoir quelque chose à étaler sur ses tartines, puisqu’elle a décidé de ne plus vider un pot de nutella par semaine !

Enfin, petit moment « livre du mois » : je vous en conseille deux qui m’ont fortement plus ces dernières semaines. Le premier est un roman d’Amadou Kourouma dont le titre est « en attendant le vote des bêtes sauvages ». C’est un livre très caustique sur le despotisme de certains dirigeants africains au lendemain de la décolonisation. Le deuxième ouvrage est écrit par Rony Brauman (ex président de MSF et grand acteur humanitaire et surtout grand penseur) dont le titre est « penser dans l’urgence ».

Ainsi que vous pouvez le constater, je nourris et le corps et l’esprit…

Allez, je vous fais à tous des bisous.

Prenez soin de vous mes petits loups

Audrey