BeeBee77

dimanche, avril 30, 2006

Batticaloa, niveau 3 le 30 avril 2006

Le 30/04/06

Batticaloa, niveau 3

Coucou mes petits loups,

Et comme toujours, j’espère que mon petit monde se porte et se prépare doucement à entrer dans le mois de Mai, ponctué de ses jours fériés et des premières soirées dans le jardin, profitant du jour qui ne cesse de rallonger… Ah que de souvenirs !

Ici nos jours à nous raccourcissent surtout depuis que nous avons reculé nos montres d’une demi-heure. Une demi-heure ? Oui, depuis presque trois semaines, nous avons changé d’heure afin de nous caler de nouveau sur l’heure indienne (et ne me demandez pas pourquoi il y avait cet écart et pourquoi on se remet au diapason, je n’en ai aucune idée, trouvant suffisamment perturbant le principe de la demi-heure). Donc, il fait nuit de plus en plus tôt (contrairement à vous) et à 18h30, c’est déjà la nuit. C’est toujours un truc qui me fait bizarre sur le terrain dans la mesure où d’ordinaire (pour moi), les jours qui raccourcissent annoncent un temps hivernal plus que des chaleurs étouffantes, non ? Ici, on recherche le moindre brin d’air, à peine sortie de la douche, je transpire déjà et même dans les soirées plein air, on rajoute des ventilos pour survivre. Des vrais poissons rouges hors de leur bocal. Bref, un autre monde, une autre façon de vivre.

Comme je vous l’ai signalé en haut de cette page, nous sommes entrés cette semaine dans le niveau 3 de sécurité, surtout après l’attentat à la bombe sur le quartier général de l’armée à Colombo, mardi dernier et les représailles qui ont suivi dans notre zone, la nuit suivante. Alors on a tous adopté un code de sécurité élevé, comme de l’hibernation le soir (pas de sorties), plus le droit de faire du vélo dans les rues, de jour comme de nuit, etc. Sur Batticaloa, la situation est tendue mais il n’y a pas d’attaques directes, en dehors de quelques grenades (un peu plus fréquemment que d’habitude) et toujours sur des zones stratégiques. C’est d’ailleurs ce que je trouve vicieux ici. On ne voit rien, on n’entend rien et en dehors de nos messages sécu sur le portable, on pourrait presque croire que tout va bien. La situation n’est pas aussi évidente qu’en Palestine par exemple, où il me suffisait de regarder par ma fenêtre pour compter le nombre de chars circulant dans un vacarme du feu de dieu. Et aussi, notre staff, quant à lui, ayant connu cela depuis près de 20 ans, est blasé voire dans un sens, un peu tête brûlée (mais ils acceptent les contraintes sécu car ils savent que c’est pour leur bien). Je trouve qu’ici c’est une guerre silencieuse, d’ailleurs, il n’est pas si facile d’aller à la pêche aux infos sur les sites de grands quotidiens. Pour être honnête, je suis plus en train d’intervenir dans un contexte de conflit plus que dans une situation de désastre naturel. Alors il est vrai que nos programmes, en tout cas, pour l’urgence, sont tournés vers les populations affectées par le tsunami mais nous sommes contraints de gérer le problème géopolitique qui rend un peu le contexte bâtard (de mon petit point de vue en tout cas).

Donc nous voilà dans le niveau trois, pour une période assez indéterminée depuis mardi dernier. Sur un plan professionnel, les conséquences ont été une réduction massive de nos activités, une révision des activités à venir. Mais surtout, il nous a fallu prendre la décision de continuer ou d’annuler notre parade pour les droits de l’enfant du 1er mai. Nous l’avons annulée hier après midi et je vous avoue que ce fut une décision vraiment difficile à prendre pour plusieurs raisons : d’un côté, le travail du staff sur ce projet (sur une base de volontariat), un projet plein de sens, une volonté de ne pas être dépendant de la situation, etc. de l’autre côté, 250 personnes impliquées dans la parade dont 150 enfants, sans parler des spectateurs potentiels (donc une cible somme toute idéale pour des règlements de compte) et bien que nous avions prévenus tout le monde des deux côtés, on ne s’est pas senti de prendre une telle responsabilité, celle de parier sur une situation tendue avec en jeu la vie de centaines de personnes.
Alors hier, samedi, nous avons réuni l’équipe en charge du programme pour le leur dire et je dois dire, qu’en tant que coordinatrice, cela me revenait (avec le soutien de mon chef de mission cela va de soi). Pas évident pour bibi de rassembler son petit monde (qui abhorrait les casquettes de Tdh, prévues pour la manifestation) et de leur dire qu’on arrêtait tout. Même s’ils ont parfaitement compris nos arguments et la situation, la déception s’est lue sur les visages. Ce qui est assez réconfortant dans cette histoire, c’est que nous avons déjà fait des activités pérennes pour ce projet, qui survivront à l’annulation et que nous pourrons toujours développer une autre manifestation, avec plus de temps, en incluant plus de monde, peut être même plus dans les centres pour favoriser notre approche communautaire, etc. Nous avons également souligné à l’équipe ô combien on avait été sensible et impressionné par leur travail, leur professionnalisme, etc. et comme je leur ai dit, dans un élan désespéré de ne pas davantage briser leurs petits cœurs, au moins ce projet a montré, au-delà du mandat de Tdh, que les droits de l’enfant font partie intégrante de notre staff de nos gardiens aux project managers en passant par notre cuisinière et ça, c’est une jolie victoire.

Côté vie sociale maintenant, et bien avec ce niveau trois, la session de cinéma plein air est annulée jusqu’à nouvel ordre. Une séance de cinéma plein air ? Oui, un expatrié de la croix rouge internationale a mis en place dans un de nos « bars/restos » une séance de cinéma chaque mardi, avec vue sur le lagon. Le principe est simple, un ordinateur, un rétro projecteur, des enceintes, un DVD ou un DVX et hop, nous avons un cinéma de fortune improvisé. Et comme cela ressemble presque toute la communauté expatriée de Batticaloa, il n’a pas envie lui non plus de prendre le moindre risque quant à nos vies…

Hier une petite soirée était organisée et il a fallu qu’on demande à notre chef de mission l’autorisation de sortir, avec permission de 22h00. C’est assez drôle parce que je me retrouve presque adolescente lorsque je demandais à mes parents de sortir et qu’il fallait dire ou et avec qui. Sauf que notre chef de mission, italien de son état, se régale, dans un sens, de cette situation car cela lui permet de pouvoir avoir un œil sur « ses filles » et de savoir qui elles fréquentent. Il me fait penser à Marlon Brando dans le Parrain, avec son débit lent de paroles, sa façon de nous regarder et surtout ce côté paternaliste qu’il a envers nous.

« Vous avez une vie sociale bien active les filles en ce moment… »
« Qui il y aura à ce dîner ? »
« Ah un tel ou une telle sera là… » (Petit rire de sa part)

Et nous, bien sûr, on se marre doucement de le voir faire parce que mine de rien, ce n’est pas évident quand on est charge de la sécurité d’adultes responsables de devoir donner la permission de sortir tout en respectant la vie de l’autre. Mercredi dernier, au lendemain de l’attentat et compte tenu des représailles de la nuit précédente, on a décidé d’avoir une voiture en bas de chez nous, nous les deux filles, qui vivent dans l’appartement. Et j’ai conduit pour la première fois ici dans une ville déserte…

Bref, avant de partir, notre chef de mission me prend à part et me dit : « si vous ne vous sentez pas en sécurité, vous venez à la maison et Audrey, si tu croises un Check point, que fais-tu ? » (Imaginez bien Marlon Brando dans ce rôle là).

Je le regarde avec un petit air naïf et fini par lui répondre : « j’allume le plafonnier, je ralenti et j’aborde le soldat avec mon plus beau sourire (puisque je ne pourrais pas faire le coup de la petite culotte comme en Palestine) » et le voilà rassuré notre parrain à nous…

Donc cette longue lettre pour vous dire que malgré tout, le moral reste bon, l’équipe est bien unie et les fous rires (certains nerveux) ne manquent pas. Pour ma part, j’ai réalisé que je venais enfin de bien me positionner au sein de cette équipe quelle soit expatriée ou nationale et le bilan de tout ça reste malgré tout positif.

Allez mes petits loups, je vous quitte non sans vous faire de très gros bisous

Audrey




Juste une précision du WebFather du blog de BeeBee77 :

ci-après la perception de la situation au Sri Lanka, vue du site internet de TF1/LCI et d'un site belge d'information. Histoire de vous faire une "idée" et d'apprendre à lire entre les lignes des mails de BeeBee77

TF1/LCI :http://up.tf1.lci.fr/

12h15 Affaire Clearstream: la démission de Villepin "inévitable", selon le journal espagnol, El Pais
12h06 Irak: un policier tué et douze personnes blessées au cours de plusieurs attaques
11h42 Accident au 39e rallye national de Lozère: deux morts (gendarmes)
11h41 L'Irak accuse l'Iran d'avoir bombardé des bases du Parti des travailleurs du Kurdistan à 5 km à l'intérieur du territoire irakien 10h56 Intoxication en Dordogne: les 12 personnes hospitalisées rentrées chez elles
10h54 Egypte: le Premier ministre demande la prorogation de l'état d'urgence de deux ans 09h34 Italie: glissement de terrain dans l'île italienne d'Ischia, des victimes
09h23 Irak: incendie d'un important oléoduc dans la région de Bassorah (sud)
09h14 Iran: négocier avec les USA pas dans l'intérêt de l'Iran (porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères)
08h58 Sri Lanka: pas de défilé du 1er mai par crainte d'attentats suicides
08h34 L'Iran prêt à une coopération "maximale" si son dossier reste à l'AIEA (porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères)
08h33 47% des Français proches des idées de Nicolas Sarkozy sur l'immigration
08h17 Attentat du Sinaï: identification de l'un des kamikazes (presse gouvernementale)
07h58 Inde: le Premier ministre condamne le meurtre de l'ingénieur enlevé et tué par les talibans en Afghanistan
07h58 Japon: tremblement de terre modéré, de magnitude 4,4 sur l'échelle ouverte de Richter, ni dégât, ni victime
07h04 Accrochages entre rebelles tamouls: au moins 10 morts (source militaire)
07h03 Népal: prestation de serment du nouveau Premier ministre
07h02 Afghanisatn: les talibans affirment avoir tué l'otage indien


Site d'info belge www.7sur7.be

Violence au Sri Lanka: jusqu'à 19.500 déplacés en deux semaines

Jusqu'à 19.500 personnes ont dû quitter leurs foyers dans le district de Trincomalee, dans le nord-est du Sri Lanka, en raison des violences des deux dernières semaines, a annoncé vendredi le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Jusqu'à 8.000 personnes ont été déplacées à la suite des bombardements aériens effectués mardi et mercredi par les forces gouvernementales à Sampur, dans le district de Trincomalee, a déclaré le HCR dans un communiqué.Il ne disposait pas d'indications sur d'éventuelles victimes. Les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), les rebelles tamouls qui réclament l'autonomie du nord-est du Sri Lanka, ont déclaré que 15 civils avaient été tués dans les raids aériens. Ces raids ont été lancés à la suite d'un attentat suicide contre le siège de l'armée à Colombo, probablement commis par les Tigres. L'attentat a grièvement blessé le général Sarath Fonseka, commandant en chef de l'armée, et tué dix personnes.Toujours selon le HCR, quelque 8.500 personnes de la ville voisine de Muttur avaient été déplacées avant les raids. En outre, 3.000 personnes ont fui leurs foyers dans la ville de Trincomalee après un attentat à la bombe, qui a fait 17 morts sur un marché le 12 avril, a ajouté le HCR. L'agence de l'Onu estime qu'avec la réduction des violences après les raids aériens et la réouverture des routes, de nombreuses personnes déplacées pourront regagner leurs domiciles.Les LTTE avaient donné jeudi un chiffre de 40.000 personnes du district de Trincomalee déplacées récemment. Le gouvernement avait déclaré que le chiffre réel était plus de deux fois inférieur. Les Tigres réclament une large autonomie pour le nord-est du Sri Lanka, région majoritairement peuplée de Tamouls et qu'ils contrôlent en grande partie. Depuis le début du conflit en 1972, plus de 60.000 personnes ont été tuées.

Et en global à l'international (Recherche sur Google)

Violence au Sri Lanka: jusqu'à 19.500 déplacés en deux semaines7sur7 - 28 avr 2006Jusqu'à 19.500 personnes ont dû quitter leurs foyers dans le district de Trincomalee, dans le nord-est du Sri Lanka, en raison des violences des deux ... Sri Lanka : malgré une apparente stabilisation, l'UNHCR reste ... ONU (Communiqués de presse)Le HCR reste préoccupé par les milliers de déplacés au Sri ... XINHUANouveaux raids de l'armée TSR.ch

vendredi, avril 21, 2006

21/04/2006 : News from CHEZ MOI

Le 21/04/06

Hello mes petits loups,

J’espère que vous allez tous aussi bien que votre reporter tout terrain. Je viens de réaliser que cela va bientôt faire un mois que j’ai pris mon poste et un mois et demi que je suis sur Batticaloa. Mon dieu, je ne sais pas pour vous, mais pour moi, le temps file vite, trop vite parfois. J’ai le sentiment à la fin de mes journées de ne pas avoir fait ce que je voulais (genre ce que j’avais prévu sur ma liste) mais en même temps, si je regarde bien, je ne chôme pas une minute. Heureusement que j’ai rencontré cette sri lankaise, masseuse, qui vient à domicile dénouer tous mes nœuds pour à peine 10$. C’est vraiment un petit plaisir que je me fais sans honte aucune. Mais il est temps n’est ce pas de vous raconter un peu ma petite vie professionnelle ici. Pour ceux qui en ont la curiosité et le temps, il y a un site internet « tamilnet » qui relate les informations du pays et plus précisément celles de notre zone (à forte proportion tamil et aussi, lieu d’affrontement entre l’armée et le LTTE, groupe de résistance tamil).

Alors voilà, en ce moment, nous traversons une période sensible. Il y a eu d’abord toute cette histoire sur les femmes tamiles travaillant pour les INGOs. De ce côté-là, nous avons une baisse des activités car certaines femmes de l’équipe n’ont pas voulu travailler pour un temps, histoire de voir le sérieux de la situation. On savait pour sûr que cela venait de groupuscules extrémistes, le LTTE nous disant qu’il n’y était pour rien dans cette histoire (de toutes façons, les notices ne comportaient aucun logo de leur part et ils ne sont pas du genre à agir anonymement). Et histoire de couronner le tout, nous étions que deux expatriés Tdh sur Batticaloa, entre ceux qui étaient en vacances et ceux qui étaient en déplacement pour le boulot (avec notre chef de mission en tête), donc il a fallu gérer comme on pouvait le truc et bien sûr avant de partir, notre chef de mission nous avait donné carte blanche quant aux décisions à prendre. Je suis donc allée cette semaine sur la base d’Ampara pour discuter sécurité avec l’équipe psychosociale puisque la responsable du programme est en vacances. Et là, grande nouvelle : un article dans la presse est paru de la part des officiels demandant aux femmes de ne pas arrêter de travailler mais d’être plus vigilantes sur les limites culturelles et leur comportement. Donc il semble que de ce côté, nous pouvons dire que nous avons un retour à la normale.

Mais cela serait trop simple. Malgré un cesser-le feu entre le gouvernement et le LTTE, les attaques ont repris depuis une quinzaine de jours. Ce fut d’abord dans le nord, à Tricomalae avec des attaques ciblées dans un premier temps puis contre les civils. D’ailleurs, une expatriée en vacances là-bas avec ses parents a été blessée au cours d’une explosion. Dieu merci, ils n’ont rien eu de grave mais on était un peu tous sous le choc. Depuis le début de la semaine, les attaques se multiplient mais aussi se rapprochent de Batticaloa et d’Ampara. Pour le moment, je vous rassure, je n’ai rien à craindre et nous prenons toutes les mesures nécessaires pour ne pas s’exposer inutilement. Donc de ce point là aussi, les activités pâtissent puisque les routes ferment après une attaque ou alors il y a des hartal. Quand je parle d’attaques, ce sont généralement des grenades sur des positions militaires ou LTTE et des bombes. Sauf que cette semaine, le LTTE a annoncé qu’il ne participerait pas aux pourparlers de paix avec le gouvernement, si ce dernier ne fait pas l’effort en premier de réduire les attaques. On devrait en savoir plus dès lundi mais cela veut dire que si aucune des deux parties ne veut céder, ils signeront un retour à la guerre civile.

Cela veut dire pour nous une révision complète de notre guideline de sécurité qui n’a pas été mis à jour depuis octobre dernier (donc la plupart des personnes en charge de faire les trucs sont parties et les autres pas formées). Alors je vais vous expliquer un peu ce que cela veut dire d’avoir un guideline de sécurité (alors pour ceux qui viennent du terrain, vous pouvez sauter ce paragraphe). Tout d’abord, nous avons différents niveaux de situations, avec des indicateurs de mesure :

Niveau un : situation normale, travail normal, bref tout va bien
Niveau deux : situation un peu tendue, travail partiellement perturbé (mise en place des premières règles de sécurité) et monitoring de la situation
Niveau trois : situation franchement tendue, renforcement des règles de sécurité, travail assez perturbé et possibilité d’hibernation (rester à la maison)
Niveau quatre : situation dangereuse et évacuation envisagée voire effective

Pour le moment, nous oscillons entre le niveau deux et trois et c’est pourquoi nous allons remettre à jour le guideline sécurité, surtout en cas d’évacuation partielle (sur Colombo) ou totale de la mission. Dès qu’une évacuation est décidée, en accord avec le siège, nous avons trois heures pour dégager. Cela sous-entend : faire nos sacs, prendre nos papiers, nos enveloppes sécu, prendre les dossiers sensibles avec nous, brûler les autres, se rendre au point de rendez vous et à ce moment-là démarrer le convoi. Ce type de cas de figure est rare (maman ne flippe pas) et souvent on reste au stade de l’hibernation (avec nos malles d’urgence nourriture). Bref, quoiqu’il en soit, les différentes tâches sont réparties entre les expatriés pour un gain de temps et éviter la duplicité. Donc revoir le guideline consiste juste à une mise à jour de qui ferait quoi en cas d’évacuation, une revue des routes à prendre, des messages à transmettre, etc.

Pour le moment, encore une fois, nous ne sommes pas encore tout à fait dans le niveau trois, donc on peut aussi très bien redescendre au niveau deux, rapidement. Mais en terme de vigilance, nous préférons prévenir plutôt que guérir.

Voilà pour le petit topo sécurité et au milieu de tout ça, nous faisons tourner les programmes ! Là comme ça, mes prochains grands chantiers sont : la parade du premier mai, le lancement de la réhabilitation de la consultation de jour pour enfants sur hôpital et la cotation pour la réhabilitation de l’école pour enfants déficients d’un des nos partenaires, sans parler de l’étude sur l’impact de nos programmes, le quotidien sur la protection et le psychosocial, etc.

Mais aujourd’hui, je vais vous parler de la parade du premier mai. Ici, comme en France, le 1er mai, c’est la fête du travail. Donc, avec un enthousiasme qui réchauffe le cœur, le staff a voulu monter (bénévolement) une parade dans les rues de la ville afin de promouvoir les droits de l’enfant et plus particulièrement pour sensibiliser l’opinion sur la problématique du travail des enfants. Comme nous avons le budget pour le faire, ils ont vu les choses en grand : une parade dans la ville avec 14 véhicules décorés (plus stéréo), 150 gamins de nos centres pour faire des danses, des scénettes de théâtre, plus les accompagnateurs. En tout, 250 personnes vont participer à cette manifestation publique. Nous allons distribuer des tracts sur les droits de l’enfant, demander aux chauffeurs de bus et de tuktuk s’ils veulent bien mettre des stickers sur leurs véhicules, chanter, danser, etc.

Nous avons complètement laissé l’équipe monter le programme et nous restons là comme conseillers uniquement, sauf pour le premier mai…

Non seulement je vais assister à la parade mais je serai la chef du véhicule premiers secours (je ne pouvais décemment pas me contenter de suivre la procession et de ne faire que des photos) donc, voilà, le week-end prochain, bien que cela soit trois jours off, je vais travailler, un au montage de la parade avec le staff et deux, en défilant pour les droits de l’enfant. Au fur et à mesure que la date approche, je sens une petite excitation monter en moi et je me fais violence pour ne pas mettre davantage mon nez dans cette affaire et laisser à l’équipe le soin de tout monter. Nous avons donc annoncé le programme aux autorités, aux médias (régionaux), aux autres INGOs parce qu’on est les seuls à faire quelque chose ce jour là et on veut vraiment qu’il y ait du monde dans les rues pour avoir un meilleur impact sur la population en terme de droits de l’enfant, donc le meilleur réseau de communication reste celui des INGOs.

Voilà en gros les dernières petites news terrain, je me force de ne pas vous en dire davantage pour toujours garder de quoi vous faire un récit fréquent.

Je vous embrasse très fort et prenez soin de vous.

Audrey

PS : aux visiteurs de mon blog, merci pour vos petits commentaires, même si je ne prends pas le temps de répondre, je trouve toujours celui de vous lire alors n’hésitez pas à continuer.

mardi, avril 11, 2006

20060411 VANACOME

11/04/06

Vanacome (ou bonjour en Tamoul)

J’espère que mon petit monde se porte bien en cette veille de Pâques. Ici, nous entrons dans la période dite la plus chaude de l’année et votre bibi nationale ressemble de plus en plus à un poisson rouge hors de son bocal. Dieu qu’il fait chaud, c’est simple, même là, calée sous le ventilateur, je dégouline (image peu flatteuse de ma petite personne). J’en finis presque à regretter les douces températures burundaises où finalement il faisait bon sortir sa petite laine le soir sur les collines de Ngozi.

Cette semaine est une toute petite semaine de travail avec seulement deux jours ouverts (entre la fête de la pleine lune et la nouvelle année), alors je vois déjà certains d’entre vous me taquiner sur les dures réalités terrain. Mais n’allez pas croire que les choses sont aussi aisées.

Cette nuit, 0h30

Alors qu’enfin abrutie par la chaleur, j’étais endormie, je reçois un texto sécu annonçant que plusieurs personnes ont été tuées au cours d’une attaque. Et depuis 8h30 ce matin, j’en suis déjà au septième texto. Et pourtant, c’est curieux mais ces attaques ou autres actions tendues ne sont pas aussi visibles compte tenu du calme ambiant. Cela circule dans la ville à tout va et à l’ombre de mon appartement, je perçois très nettement les coups de klaxon, mélodie somme toute usuelle dans les rues. La situation est assez tendue en ce moment sur Batticaloa et Ampara parce que certaines factions (dont les appartenances à tel ou tel groupe restent vagues) ont demandé (voire menacé) les femmes Tamils d’arrêter de travailler pour les INGOs à compter de lundi prochain. Pour l’instant, ce ne sont que des pamphlets qui circulent plus ou moins ouvertement et nous prenons cela très au sérieux. Le motif invoqué est que les femmes Tamils seraient exposées à des actes d’ordre peu chastes de la part des expatriés (si je puis dire cela tout en restant politiquement correct, les pamphlets étant, eux, beaucoup plus explicites sur le sujet). Donc en dehors du fait que les INGOs sont directement pointés du doigt, il en va de la continuité des programmes dans la mesure où ce sont majoritairement des femmes qui y travaillent comme nos programmes psychosociaux ou santé materno-infantile pour ne citer qu’eux.

Ce qui m’amène donc à vous parler un peu plus de la vie ici sur la côte est du Sri Lanka (je ne peux pas faire une généralité pour l’ensemble du pays, n’ayant aperçu que le ministère de l’immigration à Colombo). Je vous parlerai tout d’abord d’un certain conservatisme comme la virginité comme règle d’or pour le mariage, des mariages encore arrangés, des goodbye parties d’expatriés qui se font à l’heure du goûter pour que les femmes puissent y assister et où seuls les hommes dansent (et quelques jeunes femmes mais alors très chastement et souvent pour montrer les danses traditionnelles). On bannît de nos gardes robes pour sortir tout ce qui est de l’ordre de la jupette (on ne montre pas le genou) ou le débardeur (les épaules doivent être couvertes ou alors la tunique est longue pour couvrir les fesses, soit on montre un bout d’épaule mais on cache les fesses, soit le tee-shirt basique est toléré si les manches couvrent au moins les épaules). De mon regard d’occidental, seul le sari, élégamment porté, reste la tenue la plus sexy avec ses ouvertures sur les flancs féminins.

Il nous est recommandé, à nous expatriées femmes, de ne pas nous rendre seules à la plage pour des raisons de sécurité car dans l’imaginaire collectif, la femme « blanche » n’est connue des hommes, ici, au premier abord, que via les actrices de films interdit au moins de 18 ans… donc les hommes ici (d’une manière générale et non systématique) ont tendance à regarder très intensément les jeunes femmes en bikinis (et pas seulement) et il y a même eu quelques incidents désagréables (comme des tentatives d’approche plus que lourdes). Ah la beauté de la culture occidentale quand tu nous tiens. Allez leur faire comprendre que non, toutes les expatriées ne sont pas des professionnelles de la pornographie et que ce n’est pas notre gain de pain quotidien… donc, on fait profil bas, on va à la plage en bande et dans des coins bien identifiés (j’ai donc fait une croix sur toute envie pressante de me jeter à l’eau comme dans un bain dès que cela me chante, non, la baignade ici demande une certaine organisation).

Bien sûr les relations ne sont pas aussi tendues avec le staff qui commence à être habitué aux expats (et leur curieuse façon de vivre ?) et qui surtout a une ouverture d’esprit suffisamment grande pour ne pas rester fixés sur ces histoires. De notre côté, et bien, nous agissons avec diplomatie et discrétion. Ensuite, ici, c’est la région des rumeurs et autres commérages, et il est parfois difficile de faire la part des choses, surtout en ce qui concerne les INGOs et les expatriés.

L’autre jour, je suis allée à l’inauguration d’un de nos centres et une enfant (12 ans) se met à lire une sorte de poème en anglais à la gloire des mamans (qui brillent comme le soleil, et tout et tout) et là, elle enchaine : « if your mother beats you, accept it, it’s a kind of education ». Et dire que notre mandat à TDH est la défense des droits de l’enfant (basée sur la convention UN des droits de l’enfant), no comment… cela prouve que nous avons encore beaucoup à faire sur nos activités de protection de l’enfant. Ce qui me fait penser que nous allons tenter d’organiser, pour le 1er mai, fête du travail ici, une parade sur les droits de l’enfant (enfin si la situation nous le permet).

Avant de conclure cette lettre, je vais vous parler de Mrs Silvester, notre cuisinière et femme de ménage au bureau mais avant tout es maitre en ce qui concerne le thé. Mrs Silvester doit avoir entre cinquante et soixante ans, toujours vêtue de son sari. Elle fut la seule à avoir totalement suivi tous les cours d’anglais que Tdh avait payé au staff pour une communication meilleure avec les expatriés et même si elle ne le parle pas bien, on souligne tous l’effort, celui d’apprendre une langue étrangère à son âge pour être dans la relation à l’autre. Mais c’est pour son aptitude à nous servir le thé qu’elle me fascine. Tout d’abord, il suffit de lui dire une fois et une seule comment nous aimons notre thé pour qu’elle s’empresse de le faire au goût des uns et des autres (sans sucre, avec, sans lait, avec, etc.) et elle n’oublie pas les préférences de chacun. Alors c’est toujours un bonheur de la voir arrivée avec son plateau rempli de tasses et elle nous désigne sans une erreur quelle est notre tasse ! Je ne suis pas sûre d’avoir cette mémoire…


Enfin, les sri lankais dodelinent de la tête, subtilement de droite à gauche pour dire qu’ils sont ok avec ce qui se dit. J’adore bien qu’au début, j’avais du mal à saisir s’ils me disaient oui ou non puis en les observant, j’ai compris que c’était juste ok.

Voilà mes petits loups, je vous laisse sur ces quelques lignes non sans vous embrasser très fort.

Prenez soin de vous

Audrey

mardi, avril 04, 2006

20060403 : HARDAL

03/04/06

Colombo

Hello mes petits loups,

J’espère que tout mon petit monde se porte bien malgré des évènements peu réjouissant comme le CPE ou encore le premier anniversaire de la mort de jean Paul II (quoi déjà ? non ce n’est pas possible).

Je suis actuellement sur Colombo afin de faire transformer mon visa de touriste en celui de résident et je dois dire que je me serais bien passée de ce voyage (huit heures de route aller et pareil pour le retour) alors que je viens aujourd’hui même de prendre les contrôles de mon poste puisque celle que je suis venue remplacer est partie aujourd’hui… mais laissez moi plutôt vous conter ma semaine encore une fois riche en rebondissements (j’en arrive à souhaiter que cela ne soit pas tous les jours comme ça). Donc lundi dernier, tandis que je prenais le temps de découvrir le programme psychosocial sur Ampara, deux personnes de Tdh Lausanne débarquaient sur Batticaloa pour une semaine de mise au point programme et ressources humaines. Mardi nous avons enchaîné les meetings sur l’avenir du programme psychosocial et en résumé, nous allons soumettre un proposal pour les deux années à venir (donc pour après la fin Janvier 2007) en essayant d’inclure les activités psychosociales du développement et de l’urgence (enfin) mais avec aussi un début de passation des centres vers les communautés en se fixant (pour cette année en cours) pour objectif de les rendre autonomes via du capacity building. Donc à partir de fin Janvier 2007, le programme psychosocial Tdh Sri Lanka quittera la cellule urgence (au siège) pour aller vers celle du développement, et donc aussi, une réduction progressive des expatriés sur le terrain (reste à savoir comment on va organiser tout cela). Et donc, cela va se dessiner plus clairement à la mi-septembre lors de l’écriture du proposal auprès du bailleur.

Et puis mercredi, ce fut Hardal.

Hein ?

Et oui mes amis, j’ai fait et la découverte et l’expérience de cet événement sociopolitique. Je m’explique : dans notre zone d’intervention, il y a encore et toujours des tensions entre l’armée et le LTTE (groupe armé tamoul) et pratiquement tous les jours, nous entendons parler de problématiques sensibles (morts, recrutement de très jeunes, etc.). Mais je vous rassure tout de suite en ce qui me concerne (car je vos déjà mes proches m’imaginant une fois de plus au front), à Batticaloa, les expatriés ne sont pas ciblés et comme le soulignait très justement notre administratrice, si nous ne faisions pas l’effort de nous tenir informer de la situation, via le réseau, on pourrait très bien vivre là bas sans savoir ce qui se passe tant d’apparence, l’eau est calme… sauf les jours d’Hardal.

Donc Hardal est une sorte de grève générale et obligatoire menée par un groupe ou un autre en fonction des évènements. Et si les gens ne respectent pas le Hardal (surtout le staff national), ils sont menacés voire même plus. Donc mercredi, nos mouvements étaient réduits et le staff bien loti dans leurs maisons. Quant à nous les expatriés, nous nous sommes retrouvés dans le bureau développement pour la journée car ne l’oubliez pas, nous avons toujours la visite du siège avec un timing serré… ce fut donc une longue journée de meeting, de discussions et de sauvetage de chaton tombé dans le puit (on s’occupe comme on peut). Et ceci dit en passant, je suis toujours en passation au milieu de tout ça.

Jeudi, avec ma collègue, on s’est enfermée dans la maison pour pouvoir avancer sans quoi, je ne l’aurai pas laissé partir.
Vendredi nous avons célébré son départ avec l’ensemble du staff qui pour l’occasion avait préparé un spectacle de danse, de théâtre pour le plaisir de tous. Et comme cela semble être la tradition ici, j’ai de nouveau été invitée à faire un discours devant tout le monde, genre bonjour à tous, merci pour votre accueil chaleureux et j’espère que nous aurons une belle collaboration ensemble (blablabla), avec mon collier de fleurs fraîches autour du cou, je ne me sens pas des plus crédibles.

Samedi, je suis allée à un barbecue sur la plage et bien qu’ayant soigneusement enduit mon corps d’écran total et bien que je sois restée à l’ombre, je suis toute cramée (vision peu alléchante du homard fraîchement ébouillanté).

Sinon côté vie sociale, l’équipe expatriée en place m’a fait un accueil des plus chaleureux et un de mes collègues est un tout jeune papa (marié à une sri lankaise) et je suis déjà tellement tombée en amour devant son fils que l’on m’appelle french auntie Audrey. Mon chef de mission, un pur italien, me fait penser un peu au parrain par son calme et sa façon très posée de parler. Pour le reste de l’équipe, majoritairement filles, on s’entend bien et on apprécie les papotes le soir autour d’une bière ou un verre de vin.

Bon je vais vous laisser un peu et me reposer pour être d’attaque pour mon voyage de retour de demain sur Batticaloa et surtout pour être en forme ce soir pour une dînette en « ville ».

Je vous embrasse fort

Audrey

Ps : j’ai failli oublier la petite minute Bridget Jones !

Quand on passe la marche arrière sur les voitures, elles se mettent à chanter la lambada (si je vous jure que c’est vrai) et cela met une ambiance des plus funs sur le parking ! Côté conduite, ce sont carrément des malades ici avec sans aucun doute une tendance suicidaire (surtout les chauffeurs de TukTuk). Pour vous donner un ordre d’idée quant à l’anarchie ambiante, il n’y a pas un seul panneau de signalisation ni même un feu rouge sur Batticaloa et le principe même de rouler à gauche (comme il se doit ici) semble être une légende ou un mythe. Je pense que dès que j’aurai obtenu mon permis sri lankais, je ne vais pas m’ennuyer dans les rues de Batticaloa.

Bisous et prenez soin de vous